Née en 1966 en Île-de-France, Christine Pillot est une citoyenne du monde. Elle se dédie à la peinture depuis 35 ans. Entre 1980 et 1990 elle étudie aux Beaux-Arts de Toulouse et à l’université d’Arts Plastiques Bordeaux-Montaigne. À 23 ans elle part au Sénégal et y vit pendant 20 ans. Elle installe son atelier et sa résidence à l’atelier « Céramiques Almadies » à Dakar, centre d’art, galerie d’exposition et atelier, lieu de référence pour les artistes et opérateurs culturels internationaux qu’elle codirige avec Mauro Petroni.

Parallèlement elle enseigne les arts plastiques au lycée français de Dakar et multiplieles projets artistiques pour les espaces publics et privés : commandes, scénographie, design d’espace et d’objets. Son parcours d’exposition fait voyager son oeuvre en Afrique, en Europe et en Asie. En 2005, lors d’une exposition à Cracovie en Pologne, le cercle et la ligne entrent dans son oeuvre. En 2009 elle rentre en France à Bordeaux où elle installe son atelier. À Dakar, elle met en place un travail d’expression artistique avec les patients de l’hôpital psychiatrique de Fann et avec les enfants des rues du Samu Social de Dakar.

En 2015 elle crée l’association « La Spirale » pour encourager les relations entre les artistes et le public. Cette trajectoire l’engage dans une démarche de travail axée sur la place de l’homme dans les notions d’espace et de temps, l’évolution permanente que nourrissent l’ouverture au monde et l’importance du dualisme en philosophie.

/ Démarche Artistique

En regardant une toile de Chris Pillot, on peut supposer que celle-ci a été préméditée, calculée tant les formes, les lignes sont parfaitement maîtrisées. Or le processus créatif de la plasticienne s’inscrit à l’exact opposé de cette impression. Concevoir une chose revient, pour l’artiste, à l’avoir déjà achevé. Et ce qui est achevé ne l’intéresse plus, l’ennui s’installe. La peintre est animée par un besoin permanent de se surprendre. Aussi, elle s’efforce d’évacuer toute projection et s’inscrit dans l’évidence de l’instant. Elle adopte une posture paradoxale : faire sans savoir ce qu’elle fait et apprend de cette figuration. Le faire prime sur la raison. Un geste mécanique, répétitif induisant un automatisme l’extrait de sa pensée pour se laisser guider par l’intelligence de la main. Une concentration intense et une confiance en son intuition se mettent en place. L’acte est fondateur de changement. Faire c’est modifier un passé déjà inscrit sur la surface, tout en considérant un possible futur matérialisé par un territoire encore à explorer. Lorsqu’elle peint, la plasticienne embrasse passé/présent/futur, les enregistre sur la toile, de sorte qu’espace et temps ne font plus qu’un. Chris Pillot peint comme on tisse : dans une accumulation successive de lignes qui se drapent, ondulent sur la toile. La forme, à la fois abstraite et graphique, est générée par une force vibratoire, une conscience simultanée de son intériorité et de sa présence au monde. Celles-ci engendrent des similitudes avec la nature et son étude (la science) : paysage raviné par l’eau, carte topographique, phénomène atmosphérique, spectre chromatique, visualisation de codages, forme organique… C’est ainsi que l’énergie émanant de la nature, la traverse pour resurgir dans sa peinture. Un principe de dualité est systématiquement à l’oeuvre dans son travail. Le vide n’existe que par sa proximité immédiate avec le plein constitué de lignes. À eux deux ils structurent la surface picturale. L’exploration des limites de la toile génère, quant à elle, une oeuvre mouvante qui tend vers l’infini, comme si elle voulait se répandre au-delà de son support. L’espace, le temps, le matériel dont l’artiste dispose à un moment donné, les événements survenus, induisent une toile lâchée ou au contraire contenue. Elle est le reflet direct d’un contexte, d’un état physique et mental. De même, sa palette de couleurs trouve ses origines du côté de sa grand-mère polonaise qui utilisait, dans ses travaux de couture, des teintes extrêmement vives et lumineuses. Comme le reste, une couleur est sélectionnée dans l’évidence de l’instant et non à la suite d’une réflexion. Le rayonnement coloré qu’elle provoque sur les espaces vides suscite, chez Chris Pillot, une véritable jubilation. L’artiste travaille dans un acharnement méticuleux à la construction de surfaces au sein desquelles nous plongeons pour aller à la rencontre de sa propre exploration. /1